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Musée Rodin : Entre sculpture et photographie

Entre sculpture et photographie Rodin

Le Musée Rodin m’a invitée à un vrai dilemme artistique : entre sculpture et photographie, pourquoi choisir ?

La rénovation en 2005 de « La Chapelle » permet aujourd’hui au musée Rodin d’accueillir des expositions temporaires, et c’est sur une proposition de Michel Frizot qu’il présente l’audacieuse exposition « Entre sculpture et photographie ». Tous deux arts visuels de l’ombre et de l’espace, chez qui l’obscurité est indissociable de la lumière, la sculpture et la photographie partagent à bien des égards des dénominateurs communs. C’est partant de ce constat que le musée nous invite à découvrir huit artistes de la fin du XXème siècle ayant pratiqué de front la photographie et la sculpture, de façon presque indivisible.

D’ailleurs, le sculpteur français était fortement intéressé par la photographie : s’il ne l’a pas pratiquée lui-même, il fut en quelque sorte le père de cette double pratique puisqu’il passait son temps à développer des clichés de ses oeuvres en cours de réalisation. Je n’exagère pas : les archives de l’atelier comptent quand même plus de 7000 tirages ! La différence, c’est qu’il s’agissait d’une approche documentaire et non pas artistique. La frontière est parfois bien floue… et rend d’autant plus intéressants ces huit artistes qui se servent de ces deux médias.

S’ils ont vécu au même moment, chacun a des pratiques totalement différentes, ce qui rend le panorama particulièrement riche. Ultramoderne, la scénographie de l’exposition joue particulièrement en leur faveur : c’est un véritable parcours en huit actes. Levons ensemble le rideau, voulez-vous ?

La visite s’ouvre sur Richard Long, un des principaux artistes de Land Art, pour qui la photographie créé la sculpture et ne se contente pas de la reproduire. Ce sont les années 60, et les artistes ont en horreur la peinture vieillote sur chevalet, hors de question de s’exprimer de cette façon là ! La sculpture n’a donc plus la même signification très limitée, c’est au contraire une véritable explosion. Gordon Matta-Clark quant à lui créé une sculpture architecturale par le creux, l’évidement et le négatif, et la photographie devient essentielle pour rendre compte de son action in situ. Ainsi, les deux médiums se conjuguent dès la conception même de l’oeuvre.

Pour Dieter Appelt et Giuseppe Penone, c’est la place du corps humain qui est au coeur de l’oeuvre, son lien et son alliance presque primitive avec la nature.
Avec Mac Adams et Markus Raetz, la photographie est narrative et se place au coeur d’une mise en scène de paradoxes visuels, dans une interrogation suspicieuse de la « réalité » perçue par le regard. Chamberlain, très peu connu en Europe, tord des carcasses de voitures pour sculpter et ne s’en cache pas : de la même façon, il ploie avec la photographie les couleurs et les formes, à la recherche d’une continuité exubérante entre les deux pratiques.

Le parcours se termine sur les oeuvres de Cy Twombly, pourtant peu connu pour ses sculptures et ses photographies, qui élabore des créations poétiques à partir d’objets trouvés, de bois et de rebuts, en parallèle de ses photographies polaroïds.

Comme le résume Michel Frizot :

C’est une exposition de photographies pour ceux qui aiment la photographies et de sculptures pour ceux qui aiment la sculpture. Et des deux pour les autres !

Avec cette exposition, le musée casse son côté institutionnel et sort de l’ombre de Rodin pour n’être plus seulement monographique. Avec des expositions plus ouvertes et transversales, il s’inscrit dans une politique d’expansion ouverte à un nouveau public pour devenir le musée de référence de la sculpture. Le pari est osé… mais réussi !

Musée Rodin
Exposition « Entre sculpture et photographie »
Du 12 avril au 17 juillet 2016
79 Rue de Varenne, 75007 Paris

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1 Comment

  • Reply Camille Claudel et Auguste Rodin 2017 - Anthropophagie Anthropophagie Blog culture et Lifestyle Paris

    […] Souvenez-vous : je vous parlais il y a plusieurs mois de cela de la rénovation en 2005 de « La Chapelle », qui permet aujourd’hui au musée Rodin d’accueillir des expositions temporaires particulièrement audacieuse, se positionnant comme un véritable musée de la Sculpture. À l’heure du centenaire de la mort d’Auguste Rodin, le musée affirme plus que jamais sa programmation en lien avec les artistes contemporains et donne carte blanche à Anselm Kiefer. Investissant la salle d’exposition, l’exposition témoignera de la rencontre singulière de ces deux géants, pétris de liberté et affranchis de toutes contingences artistiques. […]

    3 janvier 2017 at 17 h 36 min
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