Culture

La bague de ma grand-mère

Anthropophagie - La bague de ma grand-mère

Le week-end dernier, nous sommes partis à Londres avec mon amoureux – cadeau à retardement pour mes 25 ans – et en rentrant dimanche soir, grisés par le charme anglo-saxon et un peu fatigués, on a eu un frémissement d’horreur en constatant que la porte de notre appartement était entrouverte. Bien sûr, on a espéré très fort pour que ce soit une erreur de notre part – « mince, on a oublié de fermer à clé en partant » – mais non, en voyant nos affaires retournées dans tous les sens, il a bien fallu se rendre à l’évidence que l’on s’était fait cambrioler. Si les indélicats n’ont pas touché au matériel électronique – ordinateurs et tablettes paissaient tranquillement sur la table basse – ils ont en revanche chipé tout ce qui m’était le plus cher, à savoir mes bagues.

Ma bague en or rose, offerte par mes parents, ma bague en argent, offerte par mon frère et ma soeur, ma bague de pacs, offerte par mon amoureux, et la bague de mon arrière-grand mère, léguée il y a 7 années de cela par ma grand-mère maternelle, afin que j’en prenne soin. Quatre jolis et rassurants souvenirs, qui ne remplacent pas les personnes et les instants de vie auxquels ils sont attachés, mais quatre souvenirs tout de même. Leur valeur pécuniaire est négligeable : ma bague de pacs est un bijou en toc qui représente bien le couple de jeunes parisiens fauchés mais amoureux que nous sommes, tandis que celle de mon arrière grand-mère, plus onéreuse, était surtout unique.

Comme beaucoup d’anciens bijoux de famille, elle avait une forme démodée – un poil pompeuse – qui dénotait avec l’intégralité de ma garde robe mais dont j’adorais le côté ringard bling bling (je ne vois vraiment pas comment la définir autrement !). Je la portais quasi quotidiennement, quand je ne l’avais pas je sentais comme un creux autour de mon annulaire, et j’avais l’habitude de la tourner avec mon pouce comme pour mieux réfléchir. Mais voilà à Londres j’avais peur de l’oublier dans ma chambre d’hôtel (vous parlez d’un comble), alors je l’ai laissée sagement dans ma boîte à bijoux, avec ses 4 copines en toc.

On s’est fait voler tout un tas d’autres trucs – l’intégralité de mon maquillage (oui), du café (oui, aussi), un téléphone, ma si jolie tablette de chocolat « Shop at the Museum » – mais la première chose à laquelle j’ai pensé c’est cette bague crâneuse, et j’en ai été malade physiquement, de tristesse, imaginant mon arrière grand-mère outrée par ma négligence. Mon amoureux était tellement désolé de me voir si triste que cela m’a aidée à relativiser : allez, ce n’est qu’un objet, aussi sentimental soit-il. C’était il y a bientôt deux semaines, et j’enrage déjà moins de la savoir chez quelqu’un d’autre. Parfois, je sens comme un vide à mon doigt, et j’ai le réflexe d’y porter mon pouce, comme pour vérifier si par miracle elle n’était pas revenue (à ceux qui se posent la question : la réponse est non). Et puis, après tout, mille autres choses me rattachent à ma grand-mère : nos coups de fil presque quotidiens, ses lettres pour mon anniversaire que je conserve avec dévotion, notre amour commun des gâteaux, les blagues sans queue ni tête qu’elle me raconte de plus en plus, ses expressions désuètes que j’adore utiliser, son béret imprimé léopard qu’elle porte quand elle sort à Paris et que j’adore autant qu’il me fait rire.

Alors quand je repense à cette petite bague, si improbable, si fière et en même temps si à côté de la plaque – comme une marquise affublée d’une crinoline alors que c’est plus la mode depuis 6 siècles – je me demande qui la porte aujourd’hui, qui la regarde en lui trouvant mille vertus, qui se la pète avec aussi (j’espère !), en s’interrogeant sur sa provenance, peut-être. Ces objets perdus ou dérobés, à qui redonnent-ils du bonheur ?

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3 Comments

  • Reply Lisa

    C’est terrible….On pense toujours que c’est plus sur à la maison. Je fais pareil, je préfère préserver mes affaires en les laissant chez moi au cas ou..

    C’est absurde d’avoir pris ton maquillage, ton chocolat… on s’attends toujours à ce qu’ils prennent des ordinateurs, télé…

    9 février 2016 at 12 h 31 min
    • Reply Anaïs

      Merci pour ton petit mot ! Pour les affaires électroniques, c’est parce que c’est lourd, traçable et pas très discret quand tu t’enfuis avec sous le bras. Tandis que le maquillage et les bijoux, tu les mets dans ta poche ou un petit sac et personne ne te remarque avec ! Et ça se revend mieux…

      24 mars 2016 at 9 h 21 min
  • Reply Margaux

    Sa ne m’est jamais arrivé mais je comprends ta peine, je crois que j’aurais le même comportement que toi si on me volait mes affaires, des affaires précieuses en plus, sentimentales, moi sa me mets en colère des comportements pareils, surtout le pire c’est qu’ils ont volé n’importe quoi (pas tes bijoux bien sur) mais je pense au café…

    9 février 2016 at 12 h 53 min
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