Culture Les formules Rive Gauche

Formule n°3 : Le Musée Zadkine et le Coffee Club

Musée Atelier Zadkine Paris

Musée Zadkine

Si vous saviez comme la Rive Gauche est chère à mon coeur… Au programme de cette troisième formule, voici deux nouvelles adresses au coeur du 6ème arrondissement pour mêler culture et bonne chère : le Musée Zadkine et le Coffee Club !

Musée Zadkine Atelier Paris Coffee Club Assas

☞ Le Musée Zadkine

Ah, cela faisait longtemps que je voulais y aller ! Mais d’abord, remontons donc le temps : né en Biélorussie en 1890, Ossip Zadkine développe très tôt une passion pour le modelage. Plutôt cool, son père l’envoie à Paris, « là où l’on devient sculpteur » : c’est ainsi qu’en 1910, Zadkine arrive sans le sou et s’inscrit aux Beaux-Arts. Bon, l’aspirant artiste n’était manifestement pas très scolaire car il abandonne six mois plus tard. A la place, il s’installe près de Vavin, épicentre de l’art moderne, où le Dôme et la Coupole se partagent les personnalités des Années Folles. Chacun son camp: au Dôme, Hemingway, Man Ray, Henry Miller, Blaise Cendrars et Claudel, tandis qu’à la Coupole, ce sont Cocteau, Radiguet, Aragon, Picasso, Sartre, Giacometti et Simone de Beauvoir… Il y rencontre notamment Amadeo Modigliani – Modi – avec qui il partage une profonde amitié – et surtout bien des galères car les rêves de sculpteurs ne paient pas encore le loyer. Les deux artistes démunis dessinent et sollicitent alors les passants pour en obtenir quelques francs. Engagé volontairement lors de la Première Guerre Mondiale, Zadkine est blessé et revient en France avec le moral en berne. Fort heureusement, l’amouuuur ne tarde pas : Valentine Prax, sa voisine d’atelier rue Rousselet, est une jeune femme peintre sacrément mignonne. Musée Zadkine

Comme les choses sont parfois bien faites, ils partagent une vie de bohème et se marient en 1920. Après un bref intermède cubiste qui ne lui convient pas, Zadkine revient à quelque chose de plus essentiel : il remonte aux sources vives de l’archaïsme, promeut la taille directe et « découpe plus nettement les plans, aiguise les arêtes, et soumet les volumes à la rigueur d’une géométrie ». Succès, consécration, Hit Machine : la Galerie Barbazanges lui consacre une grande exposition en 1925 et le critique Waldemar-George le décrit en ces termes : « Ce Slave qui ressuscite les mythes est un poète qui dispense l’émotion d’un ordre mystique et religieux ». Pas mal, non ? Hélas, la seconde guerre mondiale éclate, la France perd et le nazisme se propage : laissant derrière lui Valentine, Zadkine s’exile aux Etats-Unis pour se protéger. Si tout est à recommencer, le coeur n’y est pas, tant les nouvelles de Paris sont mauvaises. De retour en 1945, Zadkine est ravagé mais reprend vie : ragaillardi, il retrouve dans le chaos une unité de mouvement et d’élan créatif. Cinq ans plus tard, il reçoit le grand prix de sculpture de la Biennale de Venise : devenu l’un des grands noms de la sculpture du XXe siècle, les principaux musées d’art moderne lui consacrent de grandes rétrospectives. Malgré une santé fragile, il réalise des projets monumentaux, comme La Forêt humaine et La Demeure. Il meurt le 25 novembre 1967 au matin, et est enterré au cimetière Montparnasse. En 1981, Valentine Prax institue la Ville de Paris légataire universel de l’ensemble de ses biens, sous réserve qu’un musée dédié à son œuvre soit créé, conformément au souhait de Zadkine lui-même.

Regroupant pas moins de 172 sculptures, 350 dessins et un important fonds d’archives, le musée éponyme est inauguré dans l’ancien atelier du sculpteur. Bien qu’ayant fait l’objet d’aménagements successifs, l’endroit est néanmoins resté fidèle à son identité originelle double – à la fois lieu de vie et de création –  ce qui lui confère une atmosphère toute particulière. Sous la lumière des verrières, dans la nudité des espaces rendus à leurs volumes d’origine, les sculptures se font écho dans un silence absolu… Très récemment rénové, la question de la matière et de son élaboration est omniprésente dans l’architecture des lieux et du parcours visiteur. Cette prise en compte de l’identité d’atelier-musée et de la réalité historique permet une cohérence et une harmonie des œuvres et du lieu : dans les espaces intérieurs, seuls les oeuvres en bois, pierres, terres et plâtres sont présents, car ils sont les seuls matériaux que Zadkine ait jamais travaillés dans ses ateliers. Regroupés  dans le jardin, les bronzes renvoient quant à eux à la question du monument, de la fonderie, des marchands et des collectionneurs. Musée Zadkine

C’est l’un des rares ateliers de sculpteurs – avec celui d’Antoine Bourdelle (et dont on va bientôt parler ici, j’ai tant de choses à vous dire à son sujet !) – qui ont pu être sauvegardés à Paris, témoignant du Montparnasse d’antan, véritable creuset d’artistes aux horizons et origines divers, en quête de liberté et de nouveaux modes d’expression artistique. Musée Zadkine

« Mais il est déjà très beau de pouvoir tomber dans la mort avec le ciseau et le maillet entre les mains. »
(Zadkine, Journal, octobre 1966)

Musée Zadkine Atelier Paris Coffee Club Assas

Musée Zadkine
100bis Rue d’Assas, 75006 Paris
01 55 42 77 20

☞ Brrr, il fait frais, non ? Après cette fort belle visite, l’heure est venue d’aller s’échouer dans un endroit confortable et chaleureux : cela tombe bien, le Coffee Club est situé quelques mètres plus haut !

Musée Zadkine Atelier Paris Coffee Club Assas
Allison et John Goldstein – les fondateurs du premier Coffee Parisien de la rue de Perronnet – ont ouvert en septembre dernier le Coffee Club, un super restaurant fait de murs de briques et au mobilier chiné dans les écoles avoisinantes. Entourés de leurs enfants, ils servent des plats typiquement américains dans une ambiance chaleureuse et décontractée : à la carte, french toasts aux amandes grillées, onion rings, ice cream sandwichs et autres pancakes au sirop d’érable… Imaginé par Carrie Solomon, auteure du best-seller Une Américaine à Paris, l’intégralité du menu est fait maison. Bienvenue à Brooklyn !

Musée Zadkine Atelier Paris Coffee Club Assas

Que vous dire de plus, si ce n’est que le service est enjoué, attentionné et sympathique, la décoration est très agréable et les plats à mourir de désir… Ah, si, je sais : sur la terrasse, des couvertures douillettes attendent les fumeurs frileux et autres clients désireux de rester dehors. Cela paraît anodin, mais c’est si agréable… et rare à Paris, contrairement à Berlin !

Pour parachever votre journée en beauté, je vous recommande donc fortement de vous y attabler pour un café, un cheese-cake démoniaque ou encore un cocktail de yankee (l’endroit ferme à 2h du matin…)

Musée Zadkine Atelier Paris Coffee Club Assas

Coffee Club
87 Rue d’Assas, 75006 Paris
01 43 29 87 87

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1 Comment

  • Reply Christian M.

    Radiguet à La Coupole (établissement ouvert en 1927) ?… Il ne peut agir de Raymond Radiguet, mort en 1923 ! S’il s’agit des bien moins connus Lionel Radiguet (1857-1936), Maurice Radiguet (1866-1941) ou Maurice Louis Radiguet dit Luitz-Morat (1884-1929), dans ce cas il faudrait préciser…

    28 novembre 2016 at 11 h 05 min
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