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Spécial Halloween : Les catacombes de Paris

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Grande messe de l’horreur, raout des squelettes, morts-vivants et autres sorcières, Halloween est le jour idéal pour vous conter une histoire délicieusement glaçante : l’origine des catacombes parisiennes, et l’apparition des premiers cimetières. Au programme : Histoire, sociologie et culture… Accrochez-vous à vos barbes, car il s’agit là d’un article long comme le bras. C’est parti !

Objet de fantasme et de fascination, les catacombes de Paris exercent depuis leur création un pouvoir d’attraction mâtinée de répulsion bien-pensante. Alors, pèlerinage gothique ou joyeuse foire aux tibias ? Mieux que ça : avant de devenir un site touristique, les catacombes ont eu un rôle social essentiel, et témoignent aujourd’hui d’une histoire et d’une évolution des mœurs françaises à travers les âges.

☞ Quid ?

Leur création résulte d’un projet d’aménagement urbain, lui même dû à la dégénérescence et au surpeuplement du cimetière des Innocents, dont les traces remontent au Ve siècle. Initialement situé extra muros, l’expansion de la capitale et l’installation du marché des Halles en 1137 l’intégrèrent au coeur de la cité. Devenu principal cimetière parisien, il reçut ainsi pendant presque treize siècles des milliers de corps venus de toutes les paroisses parisiennes, de la morgue et de l’Hôtel Dieu, répartis dans des fosses communes pour les plus pauvres ou des sépultures individuelles pour les bourgeois. Alors, par « cimetière », entendons-nous bien : à l’époque, nulle question de tombes en granit et de bouquets de fleurs. L’individualisation des sépultures n’apparaîtra que bien plus tard, et il s’agit plus pour l’instant d’un genre d’immense trou dans lequel on entasse des corps.

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Immeuble charmant de très bon standing avec vis-à-vis dégagé proche tous commerces et transports

Les guerres, les épidémies et l’essor démographique et géographique de Paris accroissent considérablement le nombre de cadavres, et le cimetière des Innocents devient rapidos un immense charnier à ciel ouvert, alors même qu’il est au coeur d’un quartier animé de Paris ! Les habitants ne trouvant rien de mieux à faire que d’y jeter impunément leurs déchets, les fosses communes débordent et la décomposition des cadavres se fait de plus en plus difficile. La cohabitation entre les habitations et la putréfaction se fait de plus en plus tendue et de sérieux problèmes d’insalubrité apparaissent, dûment dénoncés par les riverains et les médecins. Les plaintes s’accumulent, mais il faut attendre l’incident de 1780 au cours duquel le cimetière déborde littéralement de cadavres tel un mini tsunami dans les maisons avoisinantes pour que le problème soit (enfin !) pris en main.

Comme il n’y en a de toutes façons pas 36, la solution retenue est la fermeture pure et simple du charnier : au delà d’une mesure de salubrité, c’est aussi une raison économique qui motive ce choix. En effet, Paris manque de place mais surtout de marchés, hors le principal – celui des Halles – est restreint à cause dudit cimetière. Ce problème épineux devient dès lors l’occasion de faire d’une pierre deux coups. Tout le monde se félicite de cette bonne idée bien pratique, et il s’agit dès lors de trouver un local acceptable pour y déposer les ossements du grand cloaque des Innocents.

Les anciennes carrières situées sous la plaine de Mont Souris, au lieu dit de la Tombe Issoire, parurent les plus favorables pour l’établissement du grand cimetière souterrain. Alors oui, forcément, l’idée de déplacer des cadavres par pelletées à travers tout Paris requérait un minimum d’indignation publique et cléricale : fort d’une certaine polémique, le projet fut débattu pendant plusieurs années avant d’être définitivement approuvé par un arrêt du Conseil d’État en 1785. La même année, les transferts commencent sous la tutelle de la municipalité, de concert avec les autorités religieuses : les opérations se déroulent de nuit sous forme de convois mortuaires et sur fonds de chants funèbres, tandis qu’une certaine pompe accompagne les sépultures les plus distinguées. L’archevêque de Paris bénit à tout va l’ensemble et les nouvelles catacombes deviennent l’ossuaire général de tout Paris. Le petit manège des chants funèbres et des processions de moines ne dura qu’un très court moment, le temps de rassurer tout le monde. Devenu so 1785, le transport des corps restants (notamment ceux découverts lors des travaux d’Haussmann) furent acheminés dans l’indifférence la plus totale catacombes de paris

 Et pourquoi des carrières ? 

Bonne question ! En fait, le recours aux anciennes carrières parisiennes, situées à l’époque extra muros, se base sur une pratique antique : les romains, s’inspirant eux-mêmes des étrusques, géraient le traitement de leurs morts hors de l’enceinte de la ville, conformément à la loi. A cet effet furent creusées les premières catacombes, aux environs du 1er siècle av JC, avant que les chrétiens romains n’investissent les lieux pour y célébrer leurs funérailles et autres rites religieux. Le terme de catacombes est emprunté au latin chrétien «catacumbae», soit le «cimetière souterrain», lui même venant d’«ad catacombus» soit «près de la carrière». Malgré un usage et un emplacement apparemment similaire, les catacombes de la capitale diffèrent des catacombes antiques : « Ce qui caractérise essentiellement les nôtres, et ce qui doit distinguer dans l’histoire, de la manière la plus solennelle, c’est que leur établissement est une de ces grandes de ces sages mesures qui honorent le règne du meilleur des Rois, et du plus infortuné Monarque, de Louis XVI, le sujet inépuisable de nos larmes et de notre admiration.» (Description des Catacombes de Paris,1815). En gros, la construction des Catacombes et surtout le recours aux carrières fut justifié sur fond religieux pour faire passer la pilule, mais n’était pas motivé que par conviction traditionnelle : l’occasion faisait le larron, et il a finalement été question que de pure praticité. catacombes de paris

Mais revenons à nos carrières : en effet, de l’époque romaine au Moyen-Age, Paris était de taille modeste, et les carrières à ciel ouvert avaient suffi à la construction de la cité. L’essor démographique de l’occident médiéval ainsi que les aménagements de Philippe Auguste développèrent considérablement la capitale. En plus de s’étendre, la ville voit s’accroître le nombre de chantiers imposants comme la Cathédrale de Notre Dame en 1163, ou le Château du Louvre en 1180, justifiant des exploitations plus importantes que les carrières à ciel ouvert. La forte demande de matériau suggère une exploitation de la roche en souterrain, par le biais d’un réseau de galeries. La ville s’agrandissant encore, les anciennes carrières situées au centre du Paris actuel qui n’étaient pas exploitées furent recouvertes par l’étendue urbaine. Leur existence fut oubliée de tous jusqu’au XVIIIe siècle où des affaissements de terrain rappelèrent leur existence à un moment crucial. catacombes de paris

☞ Les maçons du cœur

Les ossements étaient jetés pèle-mêle, ou enterrés dans la chaux vive lorsque subsistait de la matière organique : l’ossuaire n’était donc initialement pas destiné à devenir un lieu touristique, mais plus à un espace de stockage. Néanmoins, il fut dès sa création l’objet d’une vive curiosité, et eut le privilège d’une visite officielle en 1787 du Compte d’Artois, futur roi Charles X. C’est par la suite qu’Héricart de Thury, sous le 1er Empire, décida d’ajouter des touches de coquetteries et ordonna l’ossuaire à son goût pour lui donner l’aspect de musée qui est encore le sien aujourd’hui. Ses travaux d’aménagement furent agrémentés d’ajouts esthétiques en vue de futures visites publiques : les amoncellements d’os furent méticuleusement alignés, maintenus en arrière par des hagues de tibias et de crânes, formant des motifs macabres et artistiques au gré des inspirations des ouvriers de l’époque. Un genre de DIY, quoi… catacombes de paris

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crédit photo Musée Carnavalet

Ayant décidément de la suite dans les idées, le vicomte ajouta deux cabinets de curiosités souterrains, l’un présentant des échantillons géologiques de roches et de fossiles, l’autre des crânes comportant des déformations. Enfin, pour pallier «l’aspect lugubre des catacombes (…) et à la mélancolie qu’elles imprimaient» (Description des Catacombes de Paris,1815), Héricart de Thury décida telle une parfaite Valérie Damidot de rompre la monotonie de l’ossuaire en gravant des inscriptions philosophiques, poétiques et bibliques relatives à la mort. Ainsi «égayé», l’ossuaire fut agrémenté de genres de stickers muraux sous forme de sentences saintes comme profanes, à l’instar de celle au dessus de la porte d’entrée : «Arrête! C’est ici l’empire de la mort !».

Ce mignonnet lifting fit son petit effet : le succès fut énorme, et l’ossuaire, séparé du reste des catacombes, accueillit même plusieurs visiteurs de marque, guidés par un trait noir peint au plafond. Place to be du 19ème siècle, les catacombes de Paris furent même le lieu d’un véritable concert clandestin : le 2 avril 1897, cent convives de ce que Paris comptait d’important sont conviés à se rendre sous cape à l’ossuaire pour écouter des morceaux de circonstance tels que la Marche Funèbre de Chopin, joués par quelques musiciens de l’Opéra, et ce jusqu’à 2h du matin.

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PARTY HARD

Les cabinets de curiosités furent détruits en 1908 et les visites furent de plus en plus limitées et restreintes ; il fallut attendre 1983 pour que les Catacombes soit gérées par la ville de Paris et non plus par l’inspection générale des carrières. Elles devinrent officiellement en mai 2002 un site dédié à l’histoire et à la mémoire de la capitale, sous la tutelle du musée Carnavalet.

En somme, les catacombes offrent une perspective un tantinet différente d’un abri pour la pluie. Si le cœur vous en dit, je vous parlerai plus tard des cimetières parisiens, et de pourquoi ils ont été si importants pour la Capitale.

Catacombes de Paris
1 Avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy, 75014 Paris
01 43 22 47 63

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1 Comment

  • Reply Spécial Halloween : Le cimetière du Père LachaiseAnthropophagie Anthropophagie Blog culture et Lifestyle Paris

    […] sont joyeusement entassés pêle-mêle. Eh oui, rappelez-vous du cimetière des Innocents, dont on parlait dans l’article précédent ! Si les tombes individuelles n’existent pas à proprement parler, il y a quand même […]

    2 novembre 2015 at 10 h 29 min
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