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Petits Crimes Conjugaux

« Petits crimes conjugaux », c’est une pièce de théâtre d’Eric-Emmanuel Schmitt des éditions Albin Michel parue en 2003. J’ai trouvé mon exemplaire en brocante pour deux petits euros, la couverture est toute tordue et salie à force de le fourrer dans mon sac pour le relire, mais vous pouvez vous le procurer à la Fnac à partir de 9€ semble-t-il.

En voici l’accroche : après avoir reçu un coup sur la tête, un homme est frappé d’amnésie et se retrouve dans l’appartement qu’il partage avec son épouse depuis 15 ans, sans toutefois les reconnaître ni l’un ni l’autre.

J’ai adoré lire cette pièce et en dévorer les phrases, ivres de violence et de beauté. Omniscient et aussi manipulateur que ses protagonistes, Eric-Emmanuel Schmitt fait de ce couple usé comme les autres et du thème commun de la perte de mémoire une pièce de théâtre haletante aux dialogues brillamment ciselés. La réunion de ce couple est troublante, assassine et particulièrement cruelle, mais pourtant si belle, à l’instar de la poignante douleur de la femme qui nous prend à la gorge d’entrée de jeu, tandis que celle de l’homme se dévoile plus lentement, plus pernicieusement aussi, peut-être… Leur jeu empoisonné de faux-semblants dévoile une définition à la fois tendre et féroce de l’amour, du couple, de la vie à deux ; le diagnostic est intelligent et diabolique, et cette scène de vie croquée délicieusement se lit avec bonheur.

Sans pour autant vous dévoiler l’intrigue, voici les passages dont je me suis particulièrement délectée :

« Pour que ça dure, il faut accepter l’incertitude, avancer dans des eaux dangereuses, là où l’on ne progresse qui si l’on a confiance, se reposer en flottant sur des vagues contradictoires, parfois le doute, parfois la fatigue, parfois la sérénité, mais en gardant le cap, toujours. » (c’est très juste, non ?)

« Qu’est-ce que c’est, aimer un homme d’amour ? C’est l’aimer malgré soi, malgré lui, envers et contre tout. C’est l’aimer d’une façon  qui ne dépend plus de personne. J’aime tes désirs et même tes aversions, j’aime le mal que tu m’infliges, un mal qui ne me fait pas mal, un mal que j’oublie tout de suite, un mal sans traces. » (Ah, un mal sans traces. C’est si bien dit !)

Et enfin, mon préféré, celui qui me fait réfléchir :

« La violence que ça fait, quinze ans ! La violence que tu me plais autant ! La violence que je te vois vieillir, que je me vois vieillir, sans renoncer à nous. La violence qu’il faudrait que je me lasse et que je ne me lasse pas ! La violence que tu es beau ! La violence que j’ai peur que tu partes ! La violence que tu es un homme et que je suis une femme ! » (Mon Dieu que j’adore ces lignes. Je les ai beaucoup relues)

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