Culture

Sinfonietta, la musique de chambre nouvelle génération à Paris

Sinfonietta Paris

J’ai découvert Sinfonietta Paris au gré de mes pérégrinations sur internet. Comme le concept me paraissait séduisant, j’ai envoyé un mail un peu obscur pour en savoir plus. Heureusement pour moi et pour ce blog, la chargée de projet Lauren Woidela m’a immédiatement répondu pour que l’on se rencontre et qu’on en parle ensemble. Chouette, non ?

Mais revenons à nos clarinettes. Composé de neuf à dix-sept jeunes artistes professionnels formés dans les plus grands conservatoires du monde, Sinfonietta Paris est un ensemble entièrement tourné vers le lancement et la promotion de musiciens. Ces solistes professionnels sont tous à l’aube d’une carrière exceptionnelle. Créé en 2011 sous l’impulsion du chef d’orchestre américain Michael Boone, Sinfonietta Paris a trois mots d’ordre : l’excellence, le partage et la découverte.

L’excellence, parce que les musiciens soutenus dans ce projet sont tous grosso modo de jeunes génies en devenir. Le partage, parce que la musique classique doit se vivre et s’embrasser. Lauren me confiait regretter les scissions entre artistes et musiciens, qu’elle a trop souvent ressenti lorsqu’elle jouait à la Salle Pleyel : pour éviter ce décalage, Sinfonietta Paris n’est pas juste dans la représentation, mais dans l’échange et la proximité. La découverte, parce que le répertoire musical proposé est intriguant et souvent injustement reconnu. Au-delà d’être un orchestre de chambre international, c’est aussi un concept, une association un peu folle qui propose une expérience complètement unique et vraiment différente de l’univers de la musique classique. En imbriquant collaboration et création, le pari est de proposer une conversation musicale (je l’ai mis en gras parce que cette idée est chère à mon coeur), aussi bien avec des publics experts que novices, par le biais de concerts de qualité et étonnants. En mêlant respect de la tradition classique et passion pour les découvertes musicales, les programmations de Sinfonietta explorent les liens inhabituels et subtils qui se tissent entre les compositeurs et leurs œuvres. 

Pour mieux comprendre, ils m’ont très gentiment invitée à leur soirée « Cocktails & Conversations », donnée à l’Institut Finlandais (vous connaissez l’Institutti ? C’est canon !). L’idée est de repenser le concert classique sous forme d’un événement culturel pour en faire un vrai moment d’échange privilégié. L’avantage avec la musique de chambre, c’est son caractère naturellement intimiste : comme son nom l’indique, les musiciens sont peu nombreux (sauf si votre chambre est une suite au Mandarin Oriental, forcément) et donc près de vous.

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C’est une façon très différente d’aborder la musique classique, car la proximité avec les artistes en donne une vision confidentielle, presque viscérale. Si la musique se donne à entendre, elle se donne aussi à voir et à toucher : on sent les cordes se cabrer, on devine la pédale du piano qui s’écrase, on distingue les visages se tordre dans la furie de l’allegro puis s’apaiser, presque extatiques, dans la litanie du violoncelle. Les grimaces ne sont pas feintes et restituent avec brio l’exaltation et le lyrisme de Fauré et Schumann, tous deux au programme.

On a cette impression presque culottée – et si on les dérangeait ? – d’entrer en communion avec les musiciens, d’être nous aussi placés à leurs côtés sur la banquette du piano, de tourner fiévreusement les feuillets de la partition et de crisper nos doigts sur l’archet. Quand les derniers accords interrompent le flot des notes balancées joyeusement – parce qu’ils s’amusent, en plus ! – on est vidés, la tête nous tourne un peu, car dans un sens on vient de jouer pendant une heure…

Ah, je ne suis décidément pas la plus compétente pour parler de musique – Nancy Huston est à mon sens l’écrivain qui reproduit le mieux l’émotion procurée par un arpège – mais je vous garantis que l’ivresse était au rendez-vous.

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Au demeurant, en parlant d’ivresse, ces soirées ont aussi le plaisant avantage de se prolonger dans une dégustation de vins de Bordeaux. C’est donc en trempant mes lèvres dans un verre de La Moulinière de 2011 – ma foi bien tourné – que j’ai eu le plaisir d’annoncer à Michael Boone que la précédente loghorrée musicale m’avait donné la varicelle au lieu de la chair de poule. En même temps, qui ne confondrait pas chicken pox et goose bumps ?

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Les récitals de Sinfonietta sont ouverts à tous : je vous encourage à aller jeter un coup d’oeil à leur programmation. Il me semble qu’ils seront bientôt dans la nouvelle salle de concert du Carreau du Temple… à suivre !

Je remercie une nouvelle fois Sinfonietta et Lauren pour leur accueil si charmant et cette très belle soirée, et vous encourage chaleureusement à participer au projet s’il vous intéresse : ils ont besoin de mécènes !

Je remercie également Eva Zavaro, Tanguy Parisot, Adrien Bellom et Clément Lefebvre, qui sont de brillants musiciens, et leur souhaite un très bel avenir.

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9 Comments

  • Reply Aurélie

    Bravo Lauren et bravo Sinfonietta !

    27 mars 2015 at 13 h 39 min
    • Reply Anaïs

      Merci pour ton passage Aurélie ! Bravo à eux 🙂

      3 avril 2015 at 10 h 02 min
  • Reply paperandberries

    Merveilleux… Merci beaucoup pour cette découverte!!

    2 avril 2015 at 17 h 39 min
    • Reply Anaïs

      Je suis ravie que ça te plaise !

      3 avril 2015 at 10 h 02 min
      • Reply paperandberries

        Oui en fait la musique classique est une de mes grandes passions, l’autre amour de ma vie s’appelle Chopin 🙂

        3 avril 2015 at 12 h 31 min
  • Reply paperandberries

    D’ailleurs j’ai vu qu’ils avaient un beau programme pour le mois d’avril avec du Rachmaninov et du Schubert… Je vais y aller sans aucun doute!

    3 avril 2015 at 12 h 32 min
    • Reply Anaïs

      Oh bah on s’y verra sûrement alors ! Tu verras c’est vraiment beau…

      3 avril 2015 at 13 h 32 min
  • Reply LMC

    C’est une façon de découvrir la musique peu commune mais qui vaut le détour ! Une vraiment belle expérience à vivre 🙂

    18 janvier 2017 at 10 h 03 min
    • Reply Anaïs

      Nous sommes bien d’accord ! Merci pour votre passage, ami luthier 🙂

      19 janvier 2017 at 15 h 24 min

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