Art de vivre Rive Gauche

Duvelleroy, la renaissance de l’éventail parisien

Duvelleroy éventails Paris

Vous souvenez-vous de cet éventail que je vous avais montré dans un pêle-mêle quelques mois plus tôt ? Depuis, j’ai pu discuter avec les créatrices de Duvelleroy, Eloïse Gilles et Raphaëlle de Panafieu, qui ont gentiment accepté de me rencontrer pour répondre à mes 10.000 questions. Il était une fois, l’éventail…

Autrefois grosse star des soirées mondaines, l’éventail devient subitement devenu has-been après la Révolution française. En 1827, Jean-Pierre Duvelleroy décide malgré tout de remettre au goût du jour cet objet carrément ringard. Forcément, ses débuts sont un tantinet galère, et c’est le marché venu d’Amérique latine qui lui permet de continuer.

La mode étant ce qu’elle est, l’accessoire fait son retour en grande pompe deux ans plus tard grâce à la Duchesse de Berry, qui pare ses danseuses d’éventails lors de son fameux bal des Tuileries. Tels les Stan Smith, ils envahissent la capitale : on ne jure plus que par eux, tout le temps, partout. Duvelleroy est définitivement lancé !

duvelleroy

Aussi exigeant que visionnaire, notre fashion éventailliste entend bien faire reconnaître sa profession : il multiplie les brevets et autres innovations, et s’entoure des meilleurs artisans pour produire des montures de haute volée. Pour certaines pièces d’exception, il va même jusqu’à s’attacher les services d’artistes comme Ingres et Delacroix. L’éventail n’est plus un objet comme un autre : il devient un accessoire aussi raffiné et important qu’une parure. Roi de l’éventail game, Duvelleroy devient le fournisseur officiel de la reine Victoria et s’exporte dans toutes les cours d’Europe où chaque coquette, princesse et impératrice s’arrache ses fabrications.

Lorsque son fils reprend les rênes, l’éventail est à son zénith. Sous sa coupe, l’objet se fait couture, et rien n’est assez beau : gaze de soie, tulle, organza et dentelle sont minutieusement rebrodés de paillettes à la main. L’Art Nouveau permet à Duvelleroy de se réinventer dans un autre  style : on imagine des formes différentes (comme l’éventail « ballon », à la feuille très arrondie !), on y peint des fleurs, des femmes aux longs cheveux roux, des nénuphars mélancoliques, des arabesques mystérieuses et tout le monde est ravi.

Hélas, l’entre-deux-guerres signe le déclin de la maison, et les éventails couture laissent la place aux éventails publicitaires faits en papier. Peu à peu, ces accessoires quittent le quotidien des femmes pour devenir l’exclusivité des collectionneurs.

Michel Maignan, l’héritier de la maison, a gardé toutes les archives de Duvelleroy. Si la maison n’existe plus, les fonds sont précieusement conservés par devoir de mémoire : croquis, éventails d’époque, mobilier, matières et photographies… rien ne manque ! Lorsqu’il rencontre Eloïse Gilles et Raphaëlle de Panafieu, c’est le coup de foudre professionnel. Toutes deux issues de la mode et du luxe, elles ont bien conscience de la valeur du patrimoine de Duvelleroy et entendent bien sortir de sa torpeur le trésor soigneusement préservé. En 2010, ils s’associent pour relancer l’éventail de haute façon.

D’ailleurs, ça vous dit un petit tour dans les archives ? Voyez plutôt :

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Et maintenant ?

En fait, l’enjeu de Duvelleroy est aujourd’hui double : il s’agit de ressusciter à la fois une maison et un usage. Pas évident…

Fort heureusement, les deux entrepreneuses ont vraiment de la suite dans les idées. En plus d’avoir judicieusement confié la direction artistique à Coralie Marabelle, dont le travail est absolument bluffant, elles tiennent à faire le lien entre le passé de la maison et son avenir : par exemple, c’est en regardant des photographies d’époque qu’elles ont flashé sur la robe jaune de Mme Duvelleroy. Séduites, elles en ont fait la couleur de la marque : vous ne pouvez pas rater leur boutique citronnée au milieu de la calme rue Amélie !

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L’éventail est toujours un travail artisanal chez Duvelleroy, pour la bonne raison qu’aucune machine ne sait monter la feuille plissée sur le bois. Les éventails de haute façon sont assemblés par deux éventaillistes basés à Roman-sur-Isère, tandis que les éventails de mode sont faits à la main dans une entreprise traditionnelle près de Valence. Pour se faire comprendre et respecter des artisans, Eloïse Gilles et Raphaëlle de Panafieu ont tout appris sur le tas.

Devenues incollables, elles obtiennent le label Entreprise Patrimoine Vivant en 2012. Depuis, la maison produit des éventails de mode pour tous les jours, des éventails de haute couture, et des éventails en collaboration avec des marques prestigieuses, comme Guerlain pour qui elles ont imaginé « L’éventail de la mariée ». Il faut compter 45e pour un éventail classique et à peu près 500e pour ceux de haute couture.

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D’ailleurs, ça tombe bien, ce sont les soldes ! Sur leur site, vous pouvez retrouver des pépites pour une bouchée de pain. Soit dit entre nous, c’est quand même plus cool de se rafraîchir lascivement dans le métro avec un éventail masque plutôt qu’avec un exemplaire du 20 minutes froissé au fond de son sac à mains, non ?…

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Duvelleroy
17 rue Amélie 75007
01 42 84 07 52

Merci beaucoup beaucoup à Eloïse Gilles et Raphaëlle de Panafieu pour leur temps, leur énergie, leur gentillesse et leur travail !

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2 Comments

  • Reply sunsiare

    Quel somptueux travail, que c’est joli, je les ai découvert grâce à instagram, j’irais faire un tour quand je serais sur Paris sans faute

    15 juillet 2015 at 17 h 05 min
  • Reply Pêle-Mêle n°29Anthropophagie Anthropophagie Blog culture et Lifestyle Paris

    […] Gauche proposent une sélection hétéroclite d’objets uniques : j’y ai même repéré un éventail Duvelleroy vintage, issu de la Galerie Marie Maximin ! Personnellement, mes coups de coeur vont à la lampe […]

    21 octobre 2015 at 21 h 44 min
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