Carnet d'adresses

Un thé à Paris : Angelina

Angelina Paris salon de thé rivoli

Oh, la la ! Dimanche dernier, j’étais invitée chez Angelina pour découvrir leur dernière collection de pâtisseries automne-hiver 2015. Mais avant de vous décrire le contenu de mon assiette, j’ai bien envie de remonter à la Belle Epoque pour vous raconter l’histoire de ce légendaire salon de thé… Allez, ce ne sera pas long, et cela vous mettra en appétit !

Tout commence à Nice, où le très autrichien Antoine Rumpelmayer ouvre un salon de thé similaire à ceux de son pays d’origine : l’idée, c’est un endroit cosy et élégant où les femmes peuvent se retrouver entre elles pour boire du thé, manger des gâteaux et médire sur leurs voisines. L’Impératrice Elisabeth d’Autriche-Hongrie qui venait régulièrement prendre le soleil sur la french riviera tombe raide dingue de l’endroit : illico presto, elle l’adoube Hofzuckerbäcker, un genre de royal pâtissier, lui assurant gloire et succès ! Tiens, mais savez-vous pourquoi la boutique s’appelle Angelina ? En fait, ça n’a pas toujours été le cas : le succès des boutiques dans le Sud de la France est tel que les deux fils d’Antoine ont pour mission de tenter l’expérience à Paris. En 1903, le premier ouvre son café Rue Saint-Honoré et garde le nom de Rumpelmayer, tandis que le second choisit le 226 rue de Rivoli. Pour se différencier, il opte pour le nom « Angelina », d’après Angeline, la belle-fille du confiseur adulé.

Pour être pile dans la tendance du moment – c’est-à-dire la Belle Époque – les Rumpelmayer font appel à l’architecte néerlandais Edouard-Jean Niermans, spécialiste de l’Art Nouveau. Voyez-vous ce que c’est ? Parfaite alliance du beau et de l’utile, l’Art Nouveau est un courant artistique qui a eu le vent en poupe de la fin du XIXe au tout début du XXe siècle. En réaction à la révolution industrielle, il fait la part belle à la nature : courbes éthérées, enchevêtrements, volutes et arabesques, c’est l’art de l’ornementation, des plantes et des fleurs ! Sensuel et sensible, il s’est exprimé dans absolument tout les domaines : des accessoires à la joaillerie, de la sculpture au mobilier, et même dans l’architecture. Pour cette dernière, ce sont bien souvent des travaux de ferronneries, de mosaïques, de fresques et de vitraux. Vous avez forcément déjà vu les célèbres entrées du métro parisien faites par Hector Guimard, les façades alambiquées de certains immeubles du 16ème arrondissement et les dessins d’Alfred Mucha…

Attention, stop, nuance : l’Art Nouveau et l’Art Déco, ce n’est pas la même chose. L’Art Déco se développe pendant les Années Folles, et boude l’Art Nouveau considéré comme un courant godiche fait de nénuphars et autres nymphes en perpétuelle pâmoison. Résolument moderne, l’Art Déco c’est la géométrie, le droit, le direct, le cubisme, l’androgyne et le plastique, René Lalique, Jacques-Emile Ruhlmann et Jules Leleu !

Mais revenons au travail de notre excentrique architecte – loin d’être nunuche – qui se distingue notamment par la profusion du travail de staff (moulures, corniches, médaillons, chapiteaux, rosettes, pilastres), lui-même rehaussé par des touches de dorures et des fresques. En parlant de fresque, vous en verrez une immense en vous rendant au salon de thé rue de Rivoli : celle-ci représente la Baie de Villefranche, en clin d’oeil à la French Riviera si chère à Antoine…

À l’époque, Paris vibre et les salons de thé sont les nouveaux lieux de rencontres pour les citadins élégants. En un tour de main, Angelina devient le rendez-vous incontournable de la haute société française à l’heure du thé. La Belle Epoque se termine et les générations se succèdent : devenue une institution, la Maison conserve sa renommée au fil des années. Parmi ses célèbres fidèles, Marcel Proust, Coco Chanel et les plus grands couturiers français, qui avaient tous leur table attitrée. En 2005, le Groupe Bertrand reprend Angelina avec la volonté de conserver son histoire tout en l’accompagnant dans son évolution. Eh oui, les traditions aussi évoluent ! Aujourd’hui vénérable dame de 112 ans, la maison Angelina rayonne et se réinvente : nouveau chef pâtissier, nouvelles créations et nouvelles ouvertures à Paris, en France et à l’international…

Allons, passons maintenant à table !

Angelina Paris salon de thé rivoli

Tout le monde le sait, les spécialités d’Angelina sont le Mont-Blanc et l’Africain, mais nous étions venus découvrir la nouvelle collection Autome / Hiver 2015, alors au diable les classiques ! Nous avons pris 4 gâteaux (oui, vous avez bien lu) (quatre) (pour deux personnes) : la Joconde, la Religieuse Citron-Praliné, le Cheese-cake au Cassis et la Charlotte Poire-Chocolat. Pour accompagner ce goûter d’ogre, un thé Mont-Blanc (orgasme absolu, je vous en reparle bientôt) et un café glacé. C’était bon, copieux, délicat, parfumé, ultra gourmand et carrément irrésistible. Ce sont des pâtisseries classiques revisitées et originales qui associent à la fois les textures, les saveurs et les époques. Bref, trop bon !

En conclusion, je vous recommande très chaudement de passer croquer un entremet au salon du 226 rue de Rivoli qui incarne parfaitement l’esthétisme et le raffinement français du début du 20ème siècle. Élégance intemporelle, somptueux cadre Belle Époque, gâteaux savoureux : il n’en faut parfois pas beaucoup plus…

Angelina
226 Rue de Rivoli, 75001 Paris
01 42 60 82 00

Previous Post Next Post

Dans le même genre :

No Comments

Laisser un commentaire